Réapprendre à s’aimer après avoir été sous emprise
Ce matin, je songeais aux traces que laissent nos relations passées sur nos nouvelles histoires. Il y a un an, une amie a rompu avec l’homme qu’elle devait épouser. Leur histoire avait été compliquée, mais elle avait duré. Durant sept ans. Sept années durant lesquelles cet homme au masque charmant avait été gentil, aimant, généreux et puis violent, infidèle, méchant. Les comportements de cet homme ont eu des conséquences sur mon amie, tant sur l’aspect physique que moral et mental.
Combien sommes-nous à vivre des épisodes si douloureux qu’ils s’imprègnent en nous jusque dans la chair ? Comment réussir à mettre le chagrin du passé entre parenthèses quand il empiète sur notre présent ? Peut-on envisager la possibilité du bonheur quand notre perception de l’amour est erronée ? Cette perception va-t-elle nous mener inlassablement vers le même type de personne ?
Le prince charmant est un pervers narcissique
Comme le masque est séduisant. Et son humour. Et sa gentillesse. Et son désir de m’aimer encore. Et sa peur de me perdre. Oh, et comme il est beau. Jamais je n’ai rencontré d’homme plus beau. Maman. Pincez-moi. Je crois que c’est un rêve, mais je ne rêve pas. Il est bien là. Il est bien avec moi. C’est moi qu’il a choisi. Dans cette vie. Dans ce monde. Il est mon monde. Il sait qu’il est mon monde. Et ce monde me détruit.
J’imagine ce qu’elle aurait pu se dire, ma tendre amie, mais comme on le sait, on ne se parle pas beaucoup à soi quand on est sous emprise. Pour la simple et bonne raison que les manipulateurs en tout genre ont très souvent des profils formidables, et leur cruauté, sous couvert du formidable, semble impossible à croire, même quand elle se répète. Et c’est là qu’ils nous bernent. Le capital sympathie est un pouvoir, sinon le pouvoir de manipulation par excellence.
Se pardonner à soi
Et après avoir vécu ça ? Notre perception erronée de la réalité, qu’a-t-elle produit en nous ? Si accepter son déni est lent et douloureux, je remarque que le plus dur, c’est le pardon qu’on tente de se faire à soi. De cueillir ses pensées vulnérables sans les insulter. De parvenir à accepter qu’on a vécu cette expérience douloureuse, sans se dissocier de notre version du présent.
La chance de l’être humain, c’est cette capacité à savoir mieux s’entourer amicalement qu’en amour. Et si nos amis sont le résultat de nos choix, la logique répétitive du « toujours pareil » en amour (qui fait de l’histoire passée une prophétie auto-réalisatrice) peut être rompue.
Passer du temps (de qualité) avec soi
Se masturber. Prendre des bains chauds. Marcher seul dans la forêt sans portable. Danser seule devant son miroir. Chanter, même si c’est faux. Dormir dans des draps propres. Appeler les gens qu’on appelait plus. Prendre le temps de faire des courses.
Prendre le temps de cuisiner un couscous. Ou un osso bucco. Ou une tarte aux aubergines. S’apprêter pour sortir entre amis quitte à être en retard (broke but fabulous). Entrer dans un monde au milieu du monde en lisant pendant des heures. Passer un week-end entier en sous-vêtements devant ses films préférés. Végéter pour apprécier sa propre compagnie. Reprendre confiance en soi. Devenir le personnage principal de sa vie. Envisager une histoire d’amour sans chaos. Juste comme ça. Peut-être pas tout de suite. Peut-être plus tard.
Puissiez-vous apprécier votre propre compagnie si bien que vous ne pourrez jamais plus subir celle des autres au dépit de la vôtre.
Si tout se veut parfait, c’est que rien ne l’est.
Sarah - @ladelicatessedesmots
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