Début de relation : espoirs, projections
Comment échapper aux pièges des commencements amoureux quand le simple fait d’aimer tord la réalité ?
Tout ce qu’on espère
Au début, on est comme au cinéma. L’amour fait office de projecteur. Il éclaire ce que l’on veut voir, il amplifie ce qui rassure, il efface le reste. Tout le reste. Nous sommes soudain très beaux. Inconsciemment ou non, on espère que cet être qu’on a choisi nous répare, qu’il nous sauve de nous-même. On désire que cette rencontre vienne combler un manque, refermer une blessure, de ces douleurs invisibles qu’on ne s’explique pas. En somme, l’autre devient, sans qu’il ne le sache, la réponse à une question intérieure jamais formulée. On espère une continuité absolue : que l’intensité du début dure, que la légèreté survive au réel. On se plaît à croire que si c’est facile maintenant, la suite sera merveilleuse. On espère être l’élu, l’attendu tant attendu. Parce qu’être désiré et reconnu pour ce que l’on est (ou ce qu’on veut bien montrer de soi) est un sentiment inexprimable. Le regard amoureux change tout. Il met en lumière quelque chose d’existentiel, de quasi cathartique, où notre existence prend désormais un sens, comme si on venait de naître. Il donne l’illusion exagérée d’une validation totale de soi.
Tout ce qu’on oublie
D’abord, on oublie que le début est un état modifié de la perception. En d’autres termes, l’amour naissant est un moment d’égarement. On devient idiot, on se soustrait au monde. L’esprit s’est perdu dans le sublime. La laideur n’existe plus. Cet état, si merveilleux soit-il, sélectionne, embellit, simplifie. Il ne ment pas mais il ne dit pas tout. On oublie alors que l’autre n’est pas encore là « en entier ». Ses mécanismes, ses limites, ses incohérences, sa manière d’aimer ou encore ses frustrations sont cachées, dans l’ombre du très beau, dans l’ombre du « je veux que tu me trouves parfait », « je veux que tu m’aimes ».
Ensuite, on s’oublie soi-même. L’amour naissant pousse à s’adapter très rapidement à la vie de cet autre qui n’existait pourtant pas dans notre esprit il y a quelques semaines. C’est là que nos pensées s’amusent à nous tourmenter, les garces. Ce qu’on a joué 1500 fois au cours de notre vie est désormais balayé, derrière soi : on confond toujours désir et amour, on confond toujours l’intuition et la projection.
Ce que les commencements révèlent vraiment
Les commencements amoureux ne sont pas un mensonge : ils sont un petit leurre agréable. Ils montrent ce que l’amour peut être dans sa version la plus pure, la plus spontanée, la plus belle. Ils montrent une idée de ce que la rencontre pourrait devenir. C’est pourquoi il faut la goûter. C’est pourquoi il faut l’apprécier. Lentement, lentement.
L’erreur banale n’est pas de jouir de cet état, mais de croire que l’essentiel est déjà là. Or, si dans les commencements amoureux une chose est vraie, c’est la suivante : la capacité de deux personnes à se rencontrer, avant de penser à se construire. L’instant est à prendre lorsqu’il est à perdre.
Puissiez-vous vivre le sublime sans le sacraliser.
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