adopte.app

INSCRIPTION CONNEXION

Et si l’amour sublimé dans l’art causait notre perte ?

« J’ai tant fait de ma vie un roman qu’il m’arrive de me demander si je ne vis pas dans un rêve. »

Dévorer des films et des romans d’amour depuis l’enfance, baigner dedans, s’y noyer. Croire que l’amour raconté, illustré par les autres est la vérité, la seule, l’Absolue vérité. Essayer de reproduire ces amours pour finalement les faire avorter, toutes. Toutes ces amours qu’on avait rêvées si fort au point de ne plus savoir ce qu’est l’amour. Avorter d’un amour pour en faire naître un autre, pas plus beau ni plus vrai, différent dans la forme, pareil dans le fond. S’épuiser à y croire, à y croire si fort, tellement fort qu’on finit un soir, puis deux, puis trois, par se détester de ne pas avoir fait tel geste, dit tel mot, d’avoir porté tous ces masques sublimes et faux.

Oublier la possibilité d’un nouvel amour, de toute façon, c’est toujours la même histoire. On se trouve beaux, on fait l’amour, on se découvre et la vérité est laide. Réaliser que notre monde imaginaire autour de l’amour a été façonné par de jolis mots et du vent. Désillusionné avant l’heure mais obsédé par la quête comme en pilote automatique. Enchaîner des rendez-vous sans saveur, toujours avec la clope de trop, toujours avec ce verre de trop et un certain regret le lendemain. Combien sommes-nous à être désabusés par l’amour ? Combien sommes-nous à faire une intoxication causée par cette société de surconsommation où rien ne ressemble à ce qu’on nous a montré ? Y a-t-il un guide, un chemin pour revenir à l’insouciance qui nous faisait vibrer ?

Passer de très intense à impassible

Je suis née en 1994. Autrement dit, je fais partie d’une génération bâtarde ou pour certains, dite maudite. La plupart des gens de mon âge ont grandi avec la certitude de trouver le grand amour à la vingtaine, pour se marier et faire deux trois enfants avant la fin de leur vingtaine. La plupart des gens de mon âge, comme moi, ne savaient pas que nous serions en réalité paumés et seuls. Comme coincés dans une zone grise. Pour de nombreuses raisons, nous sommes beaucoup à déambuler comme des ombres pâles voguant d’histoires en histoires sans jamais trouver l’idéal. Et le problème, c’est justement l’idéal. Cette construction sans fenêtre. Je ne compte plus le nombre de fois où, quasi démente, j’ai pleuré des histoires avortées, pensant avoir perdu celui que je pensais le « bon ». Toutes ces fois où j’ai été si intense. Plus j’accumulais les déceptions, plus je perdais des points de vie. J’ai commencé à détester les romans que j’avais adorés, à détester ceux qui m’avaient appris à rêver. Je suis lentement devenue une peau de chagrin. Au point d’en perdre ma légèreté. Cela ne m’a pas empêchée de continuer à chercher, vaillante, incapable d’y renoncer. L’amour en pilote automatique. Y croire sans vraiment y croire. S’infliger des rendez-vous sans âme. Être sublime de la tête aux pieds, mais l’âme vide. Enchaîner des conversations sans substance où seule la quête stimule la langue. Pourvu qu’elle finisse dans sa bouche. Avec toujours le verre de trop, la cigarette de trop, le mot de trop. Et le regret du lendemain, lourd de mots. Une peau de chagrin vêtue d’un intérêt fabriqué pour l’autre. Un beau mensonge tout lisse. Parmi combien d’autres mensonges qui auront mené à celui-ci. Beaucoup trop. Réaliser qu’on est devenu tiède, mutique sur le fond, bavard sur la forme, fier. Fier de quoi ? Où est le vrai ? Pourquoi ?

L’atterrissage

Et si la désillusion était le commencement ? Depuis un an, j’ai changé. Je le sens. Je le sais. L’évidence est telle que je ne m’attends plus à rien, et je crois que c’est souvent dans ces moments-là que tout arrive. J’ai cessé de m’abreuver d’histoires relatives au rêve, en tout cas, pas que. Ne pas renoncer au rêve. Moins y aller. Le garder sous l’oreiller comme doudou. Je me plonge dans le réel pour que le réel cesse de me dévorer. Je regagne en légèreté. J’ai récemment découvert que je pouvais tomber amoureuse d’un ami ou encore aller à un rendez-vous avec un inconnu sans attente, sinon celle d’une simple rencontre, qu’importe l’issue. J’ai cessé de vivre dans le futur. Je me trouve pour la première fois assise dans le présent face au présent. Je ne pense plus à l’idéal, j’ai fait l’impasse sur des attentes artificielles et j’écoute mon corps qui parle mieux que ma tête. Et on verra. Puissiez-vous déconstruire votre futur pour apprécier votre présent.

Sarah Degny - @ladelicatessedesmots

je m'inscris
back to top