Avons-nous besoin de « drama » dans nos histoires d’amour ?
Quand j’étais petite, mes parents ne se disputaient jamais. Un soir, alors que je revenais d’un week-end festif à Deauville, j’ai découvert mes parents dans le salon en pleine dispute. C’était bizarre, inhabituel, donc forcément grave. Je me suis alors construite sur une idée préconçue selon laquelle le conflit était réservé aux évènements graves et sans issue. Des années plus tard, j’ai découvert que mes parents avaient tous les deux souffert de cette relation amoureuse.
À l’époque, mes parents formaient un couple dit « intelligent » et « pudique », qui dormait sur les petits conflits du quotidien. En réalité, mes parents s’ennuyaient. Pas de cet ennui agréable qu’on partage à deux. Non, ils s’emmerdaient. Parallèlement, j’ai moi-même vécu des expériences amoureuses avec et sans drama. Surtout avec. Je me suis alors demandé : avons-nous besoin de « drama » pour que nos relations fonctionnent ?
Du drama au rapprochement
À chaque fois qu’un drama apparaît dans une de mes relations amoureuses, je crains l’issue. J’imagine le pire et le pire, c’est la fin. Pourtant, mes conversations à la suite d’un drama sont souvent salvatrices. Elles m’éclairent et me rapprochent de l’autre, mais aussi et surtout de moi.
Il y a quelques années, j’apprenais d’une amie qui vivait beaucoup de drama dans sa relation la chose suivante. Dans la religion juive, chez les religieux plus précisément, la coutume veut que le couple partage une chambre avec deux lits séparés. Ces deux lits, superposés quand la femme n’a pas ses règles, doivent être séparés quand la femme a ses règles. Une coutume qui peut paraître archaïque mais qui permet aux amants d’échanger et de créer un lien plus profond après une dispute, sans sexe. Toujours est-il que, même le drama est dans la Torah.
Tout sauf l’ennui
Nous sommes des êtres mortels. Par conséquent, il faut nous divertir pour oublier notre condition. La facilité ennuie et l’amour n’échappe pas à la règle. Pascal, dans ses Pensées, écrit :
« Rien n'est si insupportable à l'homme que d'être dans un plein repos, sans passions, sans affaire, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide. Incontinent il sortira du fond de son âme l'ennui, la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dépit, le désespoir », « Le divertissement nous amuse et nous fait arriver insensiblement à la mort ».
Si tout était facile avec celui que j’aime, l’aimerais-je autant ? N’ai-je pas besoin de difficulté et de souffrance pour l’aimer pleinement ?
Il y a une forme de plaisir dans la souffrance. Elle est difficilement avouable. Elle se loge dans notre lâcheté. « Elle est faite comme un plaisir cette peine que vous dites », écrit Marivaux. Et qu’est-ce qu’un drama sinon le risque de la fin ? Or, si je n’ai jamais peur de te perdre, c’est simplement la fin. Je préfère prendre le risque de te perdre que de ne pas jouer du tout. Je dois m’abreuver de craintes pour vibrer. Trembler de te perdre, c’est exister.
Comme une drogue dure, j’ai besoin de ma dose de difficulté pour trouver un sens à cette vie et j’en redemande, inconsciemment ou non.
In fine, vivre une relation avec des drama revient autant à trouver du plaisir dans la souffrance (sensation de se sentir en vie) que de trouver ensemble une harmonie, une quiétude. Puissions-nous accepter d’être terriblement humains.
Sarah Degny - @ladelicatessedesmots
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