Amour : construire ou déconstruire ?
Que se passe-il entre deux personnes qui tombent amoureuses lorsque l’une a une vision de l’amour complètement différente de l’autre ? Bienvenue dans la nouvelle problématique du XXIème siècle.
Lorsque l’amour cherche sa définition partout, la société, en perpétuel mouvement, ne nous aide pas. En effet, elle nous pousse à constamment chercher sa définition encore, avec la sensation particulièrement désagréable, de ne jamais la trouver. Insidieusement, l’évolution des mentalités a souvent conduit au changement des mœurs, époque après époque, et donc de fait, à un nouvel idéal amoureux qu’il faudrait adopter car plus propice à l’épanouissement amoureux tant convoité. Mais que cela provoque-t-il chez nous ? Le renouvellement perpétuel est-il façonneur de bases fixes à suivre ou nous perd-il davantage ? La réalité, c’est que nous sommes surtout perdus, avec une jambe qui boîte et un cœur regorgeant d’espoir.
Le romantisme et la relation exclusive
Nos parents se sont rencontrés, puis ils se sont aimés, et comme tout le monde, ont fini par avoir envie d’un « chez nous », de procréer pour créer « un mini nous », ultime preuve d’amour mettant K.O. toutes les autres amours de passage, pour finir dans la continuité de l’espoir, qu’il est possible d’être encore heureux ensemble jusqu’à ce que la mort les sépare. Schéma noble et héroïque lorsqu’on y pense car l’amour éternel est bien la plus difficile (impossible ?) des entreprises. Ce qu’il en ressort aujourd’hui, c’est que ces croyances étaient pour la plupart erronées et loin de la projection qu’ils s’en étaient faite. Alors pourquoi continue-t-on d’y croire ? Tout simplement parce que le sentiment amoureux est… un sentiment. Le fait de sentir, de ressentir plus précisément, est raccroché à l’irrationnel. Nous le savons parfaitement, lorsque nous tombons amoureux, nos sensations prennent possession de notre pensée et de notre raison. Mais pourquoi alors, l’amoureux désireux de construire une relation exclusive et romantique pose problème ?
Génération de l’entre-deux : anticipation anxiogène
Notre génération est victime d’entre-deux. Avec un pied dans le désir d’essayer là où nos parents ont échoué et celui d’aller à l’encontre total du schéma amoureux que nous avons vu lorsque nous étions enfants. Ce tiraillement provoque aujourd’hui des divergences au sein même de nos potentielles histoires amoureuses. Par exemple, vous avez certainement dû remarquer que lorsque vous partagiez le fait d’avoir envie de tomber amoureux et de construire avec l’être désiré, cela provoquait souvent l’inverse de ce que vous espériez : la moquerie, la fuite… en somme, la peur. Non pas par rejet de votre personne, mais par peur d’être soi-même rejeté un jour ou l’autre. Autrement dit, laisse-moi rire avec tes idées de romance ridicule, je sais déjà comme cela va se finir, et il est hors de question que je sois mal comme j’ai vu mon père avoir mal. Mais où est passé le grand romantisme nous rendant capable du meilleur de nous-même ? Le romantisme si fort qu’il nous suffit simplement d’y croire ? Scandaleusement lâche et pessimiste, me direz-vous. Certes, mais la peur en est à l’origine, ce qui fait que nous ne pouvons pas vraiment en vouloir à la peur, à savoir qu’on associe la plupart du temps le couple exclusif et stable à un foirage final à cause de notre mémoire qui a gardé en images les larmes de notre entourage.
Déconstruire par peur de ce qui est déjà construit
La déconstruction amoureuse n’est rien d’autre que la peur des conséquences du romantisme. Car comme on le sait, ce qui est tout rose comme un bonbon finit souvent dans l’eau de boudin. Pour cela, de nouveaux idéaux ont petit à petit pris place au sein de la société, jusqu’à ridiculiser l’amour romantique, cul-cul et dénué de bonheur, jusqu'à ranger la relation amoureuse par type : polyamour, libre, etc.
Les révolutionnaires de l’amour ont vu dans le romantisme une pensée unique qui ne fonctionne pas et la possibilité de la bousculer avec des méthodes qui certes sont nouvelles et à vérifier, mais possiblement plus salvatrices. Puisque le romantisme a souvent démontré un schéma scabreux dans sa finalité, pourquoi ne pas organiser ensemble nos tromperies ? Et donc, éviter le drame, puisqu’il n’est plus tellement question de tromperie si l’autre est au courant ? Puisque l’homme n’a qu’une vie et qu’il est libre, pourquoi devrait-il se cantonner à aimer une seule personne d’un sentiment qu’il pourrait partager avec d’autres en même temps ? Et si la déconstruction du schéma amoureux n’était rien d’autre que la peur provoquée par la construction ? Et si nous étions simplement honnêtes avec nous-même et avec l’autre lorsque nous le rencontrons en lui partageant notre peur au lieu de lui imposer un type de relation spécifique annonçant déjà la fin du film ? Si nous arrêtions de nous dire libre, tellement libre que l’esprit en devient fermé face à tout le reste ? Oui, ce serait terriblement beau si nous avions le courage d’arriver un jour devant quelqu’un qui nous plaît pour lui dire : j’ai peur mais je veux essayer avec toi car tu en vaux la peine, quelles sont tes peurs à toi ? Et si et si...
Certes, ce sujet à discordes prouve encore et toujours que l’amour est d’une inconstance folle et qu’il n’y a finalement pas de véritable exemple à suivre pour être heureux. Mais retenons tout de même l’héroïsme du débat qui se base sur un sentiment particulièrement honorable : l’amour. Toujours l’amour.
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